Un bac de « mous »

Par le terme de « mou » sera désigné dans cet article non seulement les animaux de la classe des Octocoralliaires, mais également les ordres zoanthaires et corallimorphaires de la classe des Hexacoralliaires. En plus de leur grande disponibilité sur le marché, ils font preuve d’une certaine robustesse sans pour autant négliger l’esthétique. Leurs couleurs variées et leurs formes se mouvant au gré des courants donnent véritablement de la vie à l’aquarium.

Cuve et équipement

Pour ce qui concerne la forme de l’aquarium, il n’y a pas de règle. Peu importe qu’il soit de forme classique, bombé, triangulaire ou encore circulaire. Ce qui est important c’est de le choisir d’une taille pas trop réduite, pas inférieure à 200 litres si possible, eû égard à la taille relativement importante que les alcyonaires pourront rapidement atteindre. On choisit un aquarium de taille raisonnable et de forme classique. La cuve est de dimensions L x l x h = 150 x 60 x 60 cm. On dispose du sable sur une épaisseur d’environ 4 à 5 cm, sur lequel sont disposées les pierres vivantes. Ces dernières sont présentes en une quantité moyenne d’environ 10 kg pour 100 litres eû égard au taux élevé de nutriments que les animaux hébergés peuvent supporter. Le sable vivant est un plus bénéfique. Le décor est créé de manière à ne pas faire un empilement de roches vivantes d’un bout à l’autre de l’aquarium. On crée plusieurs monticules rocheux pour former des parcelles de récif entre lesquelles sont laissées des plages sablonneuses. Sur la vitre externe arrière on dispose un poster bleu pâle afin de donner une impression de profondeur.

 

Les invertébrés hébergés dans cet aquarium dépendent de la photosynthèse et nécessitent un éclairage bien dimensionné. Ce dernier n’a pas besoin d’être très puissant car les coraux « mous » ne requièrent pas un éclairement vif. L’éclairage est donc assuré par des tubes fluorescents T5 afin de fournir une puissance normalisée d’au moins 300W/m2. On choisit des alimentations électroniques qui limitent la consommation électrique et l’usure des sources lumineuses.

 

Les invertébrés à structure molle et porteurs de zooxanthelles présentent des besoins très variés en terme d’hydrodynamisme. Les corallimorphaires (Discosoma spp., Rhodactis spp., Ricordea spp., etc) se contentent d’un mouvement d’eau faible, ponctué d’augmentations intermitentes. Ils sont très tolérants à cet égard et de simples têtes motrices immergeables suffisent à leur épanouissement, car elles forment spontanément des turbulences aléatoires en plus de leur brassage principalement laminaire. On choisit tout de même des pompes à rotor hélicoïdal que l’on monte sur des oscillateurs pour favoriser un hydrodynamisme varié. Un multicontroller peut éventuellement compléter le tout. Chacune des pompes est fixée au milieu des glaces de côté de l’aquarium. Les zoanthaires (Zoanthus spp., Protopalithoa spp., etc) acceptent des conditions très semblables, avec un mouvement moyen plus vigoureux : il ne faut pas oublier que les Palythoa spp., par exemple, habitent la zone de déferlement. Le cas des alcyonaires (Sarcophyton spp., Nephthea spp., Lobophyton spp., etc) est plus délicat, car ils dépendent essentiellement de la variabilité du courant : sous cet aspect, les inverseurs de courant (i.e. au rythme des marées), les générateurs de pulsations (i.e. dans le temps) ou les distributeurs de courant (i.e. dans l’espace) sont déterminant pour le succès à long terme. Un mouvement d’eau monotone affaiblit les alcyonaires et écourte leur vie.

 

Comme pour tout aquarium récifal, l’écumage est bénéfique à une communauté de coraux « mous » au sens large. En revanche, ces animaux sont communs des zones moins oligotrophes (i.e. moins « propres ») du récif, et il faut en tenir compte pour ce qui concerne le traitement d’eau. On évite donc l’écumage agressif, et on procède éventuellement à une filtration biologique circonspecte pour maintenir des concentrations de nutriments suffisantes. Le charbon actif contribue à l’élimination des composés aromatiques et des substances toxiques libérées par certains alcyonaires.

Les grandes lignes

Ce projet s’adresse aussi bien à des aquariophiles expérimentés souhaitant recréer un écosystème typique qu’à des aquariophiles néophytes du fait de la tolérance environnementale des hôtes.Température : 24 – 28 °C.
pH : 7,8 – 8,4
Densité : 1,023 – 1,026
Lumière : 1 W pour 2 à 3 litres de volume brut.
Brassage : Une dizaine de fois le volume brut de l’aquarium par heure en créant des mouvements irréguliers. Du moins brassé au plus brassé : corallimorphaires, alcyonaires, zoanthaires.
Nourriture : Les corallimorphaires et les zoanthaires apprécient occasionnellement les proies de petites dimensions (artémias, mysis, préparation spécifique). Les alcyonaires à zooxanthelles se contentent de lumière.

Communauté récifale

Les coraux

Parazoanthus gracilis, de par sa coloration jaune sera du plus bel effet. Il pourra être accompagné d’anémones encroûtantes de différentes couleurs appartenant aux genres Isarus, Palythoa ou Zoanthus. Des corallimorphaires viendront s’ajouter à cette population de zoanthaires. En effet les anémones disques ou Discosoma spp., qui peuvent être vertes, bleues, striées, rouges, etc apporteront leur touche de couleur tout en restant de taille raisonnable. Le choix spécifique sera plus varié pour ce qui concerne les représentants de l’ordre des alcyonaires. Le genre le plus prisé parmi ces « coraux-cuirs » est certainement Sarcophyton. Avec un peu de chance, on peut se procurer Sarcophyton elegans, qui brille de mille feux avec sa couleur jaune brillant. Ensuite, suivent les genres Lobophyton, Sinularia, Alcyonum, Lemnalia et Litophyton. Tous ces invertébrés peuvent atteindre des dimensions assez conséquentes c’est-à-dire au-delà de 50 cm. Les genres Xenia, Heteroxenia, Cespitularia et Anthelia font partie des « coraux-pompeurs ». Ces anthozoaires sont sensibles à la quantité d’iode présente dans l’aquarium et il faudra y maintenir une concentration au moins égale à celle rencontrée dans la nature, soit 0,06 mg/l. Malgré ce que l’on peut penser en l’observant ou en touchant son squelette, le corail à squelette bleu Heliopora coerulea est un corail « mou » de la classe des Octocoralliaires. Il aura davantage sa place dans un aquarium de madrépores à petits polypes si on en croît ses exigences environnementales.

 

Les poissons

Pour le choix des poissons, il s’avère relativement vaste mais interdit bien évidemment les prédateurs de corail. On pourra mettre deux poissons chirurgiens (Acanthurus spp., Zebrasoma spp., Ctenochaetus spp.), Centropyge loricula, un couple de mandarins, des gobies des genres Amblyeleotris, Amblygobius, Cryptocentrus ou les poisson-fléchettes du genre Nemateleotris, ainsi qu’un banc d’Anthias spp.: leur nourrissage fréquent profitera aux anthozoaires.

 

Les autres invertébrés

On ne négligera pas non plus la faune centimétrique que doit posséder tout aquarium marin : ophiures, bernards l’ermite, escargots, etc.

 

Pour en savoir plus

Svein A. Fosså and Alf J. Nilsen, The modern coral reef aquarium – Vol.1, Birgit Schmettkamp Verlag (1996).
Peter Wilkens, Invertébrés Marins – Stolonifères, alcyonaires, gorgones, CIE (1997).
J. Charles Delbeek and Julian Sprung, The Reef Aquarium, Vol. 2 – A comprehensive guide to the identification and care of tropical marine invertebrates, Ricordea Publishing (1997).
John H.Tullock, Natural reef aquariums : simplified approaches to creating living saltwater microcosms, Microcosm-Books (1997).
Svein A. Fosså and Alf J. Nilsen, The modern coral reef aquarium, Vol. 2, Birgit Schmettkamp Verlag (1998).
Ronald Shimek, Soft Corals – The Basics, Aquarium frontiers On-line (November 1997).
Julian Sprung, Coraux – Guide pratique d’identification et de maintenance, Ricordea Publishing (2000).