Les bénitiers

Les bénitiers sont de véritables joyaux revêtant un manteau aux couleurs si chatoyantes qu’on ne peut y rester indifférent. Il en existe 8 ou 9 espèces réparties en deux genres (Hippopus et Tridacna) selon les spécialistes mais, dans la pratique, seul quatre espèces sont disponibles sur le marché aquariophile. Et à y regarder de plus près, il n’existe que deux variétés du genre Tridacna en matière d’environnement, ce qui nous amène à la conception raisonnée d’un bac dans une optique écotypique.

Dans un aquarium récifal, il est généralement possible de disposer les bénitiers en respectant les besoins écologiques de chacun :

  • Tridacna crocea et Tridacna maxima exigent un éclairement élevé et supportent un mouvement d’eau énergique.
  • Tridacna derasa, Tridacna squamosa et accessoirement Tridacna gigas tolèrent des éclairements plus faibles et apprécient un hydrodynamisme modéré.
  • Pour les vrais aficionados de ces bivalves bigarrés, il est également possible de réaliser des installations spectaculaires. Cet article propose une approche originale de la maintenance des Tridacna crocea et maxima en aquarium. Ellepourra être reprise pour des bacs spécifiques, voire des portions de bac communautaire.

Caractéristiques de nos deux Tridacna

T. crocea est le plus petit des Tridacnidae; la taille de sa coquille atteint au maximum 15 cm en aquarium et 19 cm dans la nature. Il vit incrusté dans les coraux, souvent du genre Porites ou des coraux similaires, au sud du Japon, au sud de l’Australie et à l’est des Palaos. Tridacna crocea vit exclusivement dans les eaux peu profondes du récif (lagon, barrières, platiers, haut de la pente…), ne dépassant pas 5 mètres. Sa coquille est finement striée mais sans volutes marquées. L’ouverture de la glande à byssus est très large, davantage que chez T. maxima. La distinction entre T. crocea et T. maxima peut se faire par l’observation des motifs ainsi que la coloration du manteau mais seul un examen de la coquille permet une identification exacte.

T. maxima peut atteindre plus de 35 cm dans la nature mais rarement plus de 20 cm en aquarium. L’aire de distribution de Tridacna maxima se situe entre la Mer Rouge et s’étend jusqu’à la Polynésie. Là, il vit en eau peu profonde dans le sable et les éboulis ainsi que sur des débris coralliens. Le corps est rond, les coquilles sont pourvues de côtes transversales et garnies d’écailles en disposition compacte dans la zone supérieure. Le bord inférieur est lisse. L’ouverture du byssus est presque ronde, toutefois nettement plus petite en comparaison avec T. crocea.

Maintenance

 Les bénitiers sont les seuls coquillages hébergeant des zooxanthelles au sein de leurs tissus et présentent de ce fait beaucoup de points communs avec les coraux hermatypiques au niveau de la maintenance : Les zooxanthelles transforment le gaz carbonique, le phosphore dissous (comme les phosphates) et l’azote dissous (comme l’ammonium) en hydrates de carbone (glucides = sucres, glucose), acides gras et acides aminés, qui sont mis en plus grande partie à la disposition de leur hôte. Cependant, même si la plupart des bénitiers remplissent leurs exigences alimentaires par l’intermédiaire des zooxanthelles, ils absorbent également des substances nutritives organiques dissoutes par leur manteau et filtrent des particules très fines par les branchies.

Dans le cas d’une production lumineuse suffisante les bénitiers peuvent vivre exclusivement des produits de leur zooxanthelles. Néanmoins, outre un bon flux lumineux ces bivalves nécessitent une teneur en calcium et en bicarbonates élevée pour la constitution de leur coquille ou de leur squelette. Le taux de calcium doit être supérieur à 450 mg/l et l’alcalinité flirter avec les 10 ° allemand. Des

apports de bicarbonate de calcium et de chlorure de calcium sont indispensable à leur croissance et leur bien être, à moins de posséder un réacteur à calcaire, , à eau de chaux ou encore d’une solution bi-composant. L’apport régulier d’éléments de trace ne devra bien sûr pas être sous-estimé.

Les bénitiers sont des animaux extrêmement exigeants en matière de lumière : la base d’éclairage sera donc autour de 1 W par litre d’eau, pour des cuves de tailles usuelles. Il est préférable d’utiliser des lampes aux iodures métalliques d’une puissance supérieure ou égale à 250 W (et 400 W pour des hauteurs de cuve supérieures à 60 cm !), voire des tubes fluorescents compacts. Les HQI bleus, ou “20,000 K”, ne sont pas recommandés pour les espèces d’eau peu profonde, principalement T. crocea et T. maxima. Cela est encore plus vrai pour les bénitiers d’élevage qui sont cultivés entre 2 et 5 mètres pour des raisons pratiques. La durée d’éclairement sera de 10 à 12 heures. Le brassage de l’eau doit être d’une quinzaine de fois le volume en veillant à ce que le flux des pompes ne soit en aucun cas dirigé directement sur les bénitiers.

Les grandes Lignes

Température : 24 – 27 °C.
pH : 7,8 – 8,4
Densité : 1,022 – 1,026
Lumière : Au moins 700 W par M2 !
Nourriture : Du calcium, des bicarbonates… et encore de la lumière !
 

Un aquarium pour les Tridacna spp. incrusteurs

L’une des raisons principales de la popularité des bénitiers est due à leur fabuleuse coloration. Les splendides couleurs des Tridacna spp. fascinent les aquariophiles. Malheureusement, ces couleurs ne sont visibles que si on observe le manteau par le dessus. Dans un aquarium classique, on observe le bénitier à travers la glace frontale et ses couleurs semblent beaucoup moins contrastées. En revanche, quand on observe un bénitier à travers une vitre inclinée, les couleurs du manteau apparaissent comme si on l’observait par le dessus. Les cuves à face(s) inclinée(s) sont donc très favorables à l’observations des tridacnes, malgré leur interface air-eau réduite en regard du volume total. Pour la réalisation de notre biotope, une cuve de taille relativement modeste suffit et permet aisément de se lancer dans cette aventure. Pour satisfaire nos hôtes, on choisit une cuve “pyramidale” de L x l x H = 70 x 70 x 60 cm. Un projecteur grand angle extensif avec une ampoule de 400 watts en 10 000 Kelvin fournit une profusion de lumière indispensable à la photosynthèse des zooxanthelles.

T. crocea et T. maxima ont développé un système unique de protection à l’encontre des forts courants d’eau : ils ont la faculté de sécréter des substances acides, lesquelles en se propageant au niveau du byssus permettent au bénitier de creuser le substrat calcaire et donc de “s’enterrer” dans la roche afin de se protéger. Deux pompes à eau Turbelle stream 6105 associées à un multicontroleur (ou l’équivalent) créent un mouvement circulaire de l’eau autour du pâté corallien central, construit à partir de roches vivantes de différentes provenances. On associe une Nano Wavebox 6206 en fonctionnement continu car T. crocea et surtout T. maxima apprécient un environnement turbulent. Le décor est typiquement couvert d’un ensemble de corail encroûtant monospécifique, soit Porites spp. ou Montipora spp., dans lequel seront implantés des bénitiers encore juvéniles. Des coraux hermatypiques des zones de haute énergie (Stylophora pistillata, Acropora millepora, Acropora humilis, etc) rompent le dépouillement du décor. Tout le défi réside dans l’art et la manière de disposer les bénitiers sur leur promontoire !

Un sable calcaire (idéalement de l’aragonite) recouvrant le fond de l’aquarium n’est pas indispensable mais favorise la biodiversité en offrant un refuge in situ à la faune millimétrique. Un écumeur bien dimensionné n’est pas un luxe, en particulier dans le cas d’un bac à pan(s) incliné(s) entraînant un certain déficit au niveau de l’équilibre gazeux. La “méthode berlinoise” et ses variantes sont une bonne base de départ pour qui débute. Pour les amateurs éclairés, il est intéressant d’établir l’aquarium à bénitiers selon une méthode naturelle.

Du fait du fort éclairement nécessaire et de la coloration jaunâtre que l’eau a souvent tendance à prendre au fil du temps, on utilise du charbon actif afin de ne pas affecter la pénétration de la lumière. Un inconvénient à son utilisation permanente est sa capacité à retirer une grande partie des composés organiques dissous utile aux bénitiers. On préfère donc une utilisation temporaire (quelques jours par mois) et par diffusion.

La population piscicole

En aquarium, les prédateurs les plus connus des bénitiers sont de minuscules escargots mesurant de 2 à 8 mm de la famille des Pyramidellidés tels Tathrella sp. et Pyrgiscus sp. Un labridé bien choisi est donc indispensable pour la lutte biologique contre ces gastéropodes parasites. On choisit donc Pseudocheilinus tetrataenia, ou P. hexataenia ou P. octotaenia voire même Halichoeres melanurus en premier choix piscicole pour palier ce problème majeur. Un couple de Gobiodon okinawae virevoltera entre les coraux branchus incorporés à notre bout de récif, y choisira un endroit protégé pour site de ponte et permettra à l’aquariophile d’avoir le plaisir d’observer leur ponte de manière bimensuelle une fois qu’ils seront bien installés. La population piscicole de ce bac qui se veut clairement écologique sera également composée de 5 Pseudanthias dispar, poissons évoluant en communauté assez vaste et appréciant particulièrement les flancs de tombants des récifs externes. Il conviendra de leur ajouter Ctenochaetus strigosus, pour sa fonction d’herbivore et de détritivore, ou Zebrasoma scopas pour sa faculté à brouter les pousses d’algues.

Enfin, pour occuper la partie inférieure de notre bac écotypique régional, le choix se portera sur deux Stenogobiops nematodes associés à la crevette pistolet Alpheus randalli.

Les autres invertébrés

Afin d’aérer le sable, on ajoute un concombre noir, Holothuria atra, ou plus coloré le concombre Holothuria edulis. Les holothuries jouent un rôle important dans la salubrité du bac en avalant les détritus. Une multitude de gastéropodes brouteurs est également intégrée à l’aquarium. Le choix se porte sur les Astreae, Nerita, Diodora, Stomatella, etc…Quelques ophiures complèteront la population des invertébrés vagiles.

Pour en savoir plus

Daniel Knop, Giant clams, Dähne Verlag (1996).
Claude Schuhmacher, A propos de la famille des bénitiers, les perles de l’aquarium récifal (2004)
Svein A. Fosså and Alf J. Nilsen, The modern coral reef aquarium, Vol. 1, Birgit Schmettkamp Verlag (1996).
Svein A. Fosså und Alf J. Nilsen, Korallenriff-Aquarium, Band 5, Birgit Schmettkamp Verlag (1996).
J. Charles Delbeek et Julian Sprung, L’aquarium récifal, Vol. 1 – Manuel d’identification et de maintenance des invertébrés marins tropicaux, Ricordea Publishing (1997).
Daniel Knop, Properly adding Tridacna to a reef system, On the half shell, Aquarium Frontiers On-Line (10/1997).
Daniel Knop, Reef tank design for giant clams lovers, On the half shell, Aquarium Frontiers On-Line (01/1998).
et tous les autres articles de la rubrique “On the Half Shell” (Daniel Knop) dans Aquarium Frontiers On-Line.